Aller au contenu principal

Déclarer l'IA dans une extension WordPress : ce que ça change vraiment

Par AIFORYA — 3 août 2026 — 11 min de lecture

Sur cette page (10)

Une date circule depuis quelques semaines — le 2 août 2026 — et elle arrive accompagnée d'à peu près tout et n'importe quoi : qu'il faudrait désormais déclarer si un site a été fait avec de l'IA, qu'une extension devrait annoncer si son code a été écrit par une machine, que les images publiées devraient porter une mention.

Ces trois affirmations sont fausses, ou vraies pour d'autres raisons que celle qu'on avance. Elles se ressemblent assez pour qu'on les confonde, et elles n'ont pas les mêmes conséquences.

Cet article démêle ce qui change réellement pour quelqu'un qui gère un site WordPress. Il est écrit pour un gérant de site, pas pour un juriste — et il indique où s'arrête ce que nous savons.

Ce texte n'est pas un avis juridique. C'est une lecture technique, faite depuis notre propre travail de mise en conformité. Les points où une qualification de droit est en jeu sont signalés comme tels : ils se tranchent avec un professionnel.

Sommaire

Ce qui change le 2 août, en une phrase

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle ne s'applique pas d'un bloc : il entre en vigueur par étapes, étalées sur plusieurs années. Le 2 août 2026 est l'étape où deviennent applicables les obligations de transparence.

La transparence, ici, veut dire deux choses distinctes, et c'est en les mélangeant qu'on se trompe :

  1. Quand quelqu'un interagit avec une IA, il doit le savoir. Un visiteur qui parle à un assistant conversationnel sur votre site ne doit pas croire qu'il parle à une personne.
  2. Quand un contenu est généré par une IA, il doit être marqué — et pas seulement pour l'œil humain : dans un format lisible par une machine, de façon fiable et durable.

Le premier point est intuitif. Le second l'est beaucoup moins, et c'est celui qui a le plus de conséquences techniques — mais, comme on va le voir, il ne pèse pas sur la personne à qui on l'attribue le plus souvent.

La distinction qui commande tout le reste

Le règlement ne parle pas de « sites » ni de « logiciels ». Il répartit les obligations entre deux rôles, et tout dépend de celui qu'on occupe :

RôleQui c'estExemple
Fournisseurcelui qui développe un système d'IA et le met sur le marché sous son propre nom — que ce soit payant ou gratuitl'éditeur de l'extension que vous avez installée
Déployeurcelui qui utilise ce système dans le cadre de son activitévous, gérant du site

Deux conséquences immédiates.

La gratuité ne change rien. Une extension distribuée gratuitement met quand même son éditeur dans le rôle de fournisseur. C'est explicite dans le texte, et c'est ce qui surprend le plus les éditeurs eux-mêmes.

Le rôle ne se choisit pas par contrat. Une clause qui dirait « nous ne sommes qu'un outil technique, l'utilisateur est seul responsable » ne déplace pas une obligation réglementaire. Elle crée seulement un écart entre ce qui est promis au client et ce que le texte attend de l'éditeur. Nous le savons parce que nous avions exactement cette clause dans nos propres conditions générales, et qu'il a fallu la reprendre.

Ce qui ne vous concerne probablement pas

L'obligation la plus lourde du 2 août — le marquage lisible par machine des contenus générés — pèse sur le fournisseur, c'est-à-dire sur l'éditeur de l'extension. Pas sur vous.

Concrètement : si vous utilisez une extension qui rédige des descriptions de produits, ce n'est pas à vous de bricoler un marquage dans votre thème. C'est à l'outil de produire un contenu correctement marqué. Si votre outil ne le fait pas, la question à poser n'est pas « comment je me mets en règle ? » — c'est « qu'est-ce que mon fournisseur a prévu ? ».

C'est une bonne question à poser, d'ailleurs. Elle sépare rapidement les éditeurs qui ont lu le texte de ceux qui ne l'ont pas lu.

Et non : le fait qu'une extension ait été codée avec l'aide de l'IA n'est pas ce dont il est question ici. Le règlement s'intéresse aux contenus que le logiciel produit chez vos visiteurs, pas à la façon dont son code a été écrit. Ce sont deux sujets différents, et les confondre conduit à chercher une conformité au mauvais endroit. La question de savoir ce qu'un annuaire d'extensions demandera de déclarer sur l'origine du code est une autre discussion, avec un autre calendrier.

Ce qui vous concerne, et dont personne ne parle

Deux choses, et la seconde est passée totalement inaperçue.

Votre assistant conversationnel, s'il en existe un. Si votre site propose un agent qui répond aux visiteurs, ceux-ci doivent savoir qu'ils s'adressent à une machine, clairement, et au plus tard au moment du premier échange. Une mention discrète en pied de widget est défendable ; elle n'est pas évidemment suffisante. Si votre agent porte un prénom et un visage, la prudence penche du côté d'une mention nette.

La montée en compétence, qui est une obligation, et qui est en retard. Le règlement demande depuis février 2025 — donc depuis plus d'un an — que les personnes qui opèrent des systèmes d'IA en aient une connaissance suffisante. Cette obligation vise les fournisseurs et les déployeurs. Elle ne demande pas un diplôme : elle demande qu'on sache ce que fait l'outil qu'on a installé, ce qu'il envoie à l'extérieur, et ce qu'il peut se tromper à faire.

Personne n'en parle parce qu'elle ne s'accompagne d'aucun geste technique visible. C'est pourtant la seule qui vise directement un gérant de site, et elle est échue depuis longtemps.

Les trois confusions à éviter

« Il faut mettre "généré par IA" partout. » Non — et le sur-marquage a un coût réel. Le texte prévoit une exception pour l'assistance à l'édition ordinaire qui ne modifie pas substantiellement ce que vous avez écrit. Compresser une image, la renommer, corriger une tournure : on est probablement dans l'exception. Générer un article entier ou une fiche produit complète : on n'y est pas. La frontière exacte se discute au cas par cas, et c'est un point de droit.

« Une mention pour l'humain suffit. » Une phrase en bas de page satisfait l'œil, pas l'obligation. Ce qui est demandé pour les contenus générés, c'est un marquage exploitable par une machine — donc dans les métadonnées du fichier ou dans le balisage, de façon à survivre à une copie et à une republication. C'est un travail d'éditeur, pas de rédacteur.

« C'est une interdiction. » C'est une obligation de dire, pas une interdiction de faire. Rien n'interdit de publier un texte écrit par une IA. Ce qui est demandé, c'est que ce soit identifiable. La différence est énorme pour qui construit son activité là-dessus : le texte pénalise l'IA dissimulée, pas l'IA assumée.

La règle française qu'on oublie

Elle n'a rien à voir avec le règlement européen, elle est en vigueur depuis 2023, et elle est nettement plus sévère dans ses suites.

La loi française sur l'influence commerciale impose la mention « Images virtuelles » sur toute image produite par une IA qui représente un visage ou une silhouette, et « Images retouchées » quand une silhouette ou un visage a été modifié. La mention doit être claire, lisible, identifiable sur l'image elle-même, dans tous les formats, pendant toute la durée d'affichage.

Elle vise les personnes qui exercent une influence commerciale. Si vous publiez des visuels générés mettant en scène des personnes dans un cadre promotionnel, la question se pose pour vous — et elle se pose depuis 2023, indépendamment du 2 août.

Ce qu'il est raisonnable de faire cette semaine

Rien d'urgent si vous êtes seulement gérant de votre site. Quatre gestes, dans cet ordre, et aucun ne prend la journée.

1. Faites la liste de ce qui, chez vous, produit du contenu. Pas la liste de vos extensions : celle de celles qui écrivent, génèrent ou composent quelque chose de publiable. Sur la plupart des sites, elle tient en deux ou trois lignes — et beaucoup de gens découvrent en la faisant qu'ils n'en ont aucune.

2. Pour chacune, posez la question à l'éditeur. « Comment marquez-vous les contenus que votre outil génère, et depuis quand ? » La réponse, ou son absence, vous en dira long. C'est aussi le moment de vérifier ce que l'outil envoie à l'extérieur, et à qui.

3. Regardez votre agent conversationnel, s'il existe. Un visiteur qui arrive dessus comprend-il en une seconde qu'il parle à une machine ? Si la réponse demande à être défendue, elle est non.

4. Écrivez ce que vous avez constaté, avec la date. Une page dans un document interne suffit. La valeur n'est pas dans le formulaire : elle est dans le fait de pouvoir dire, plus tard, ce que vous saviez et quand. C'est aussi la seule façon de voir ce qui a bougé au prochain examen.

Ce qu'il ne faut pas faire : ajouter des mentions partout par précaution. Un marquage faux, appliqué à un contenu que vous avez écrit vous-même, n'a aucun effet protecteur et abîme la lecture.

Ce que nous ne savons pas

Nous menons ce travail sur nos propres extensions, et nous n'avons pas fini. Trois choses restent ouvertes chez nous, et il serait malhonnête de les taire dans un article qui explique la règle aux autres :

  • La frontière exacte de l'assistance à l'édition — ce qui « modifie substantiellement » un contenu et ce qui ne le modifie pas — se qualifie au cas par cas, et pour certains de nos outils nous ne l'avons pas tranchée.
  • La suffisance d'une mention de première interaction pour un agent conversationnel se discute.
  • Certaines catégories d'usage font basculer un outil dans un régime beaucoup plus lourd — l'évaluation d'apprenants, le tri de candidatures, l'orientation médicale d'urgence. Ce n'est pas la fonction affichée qui décide, c'est l'usage raisonnablement prévisible, et cette évaluation doit être écrite.

Si un éditeur vous répond que tout est réglé chez lui et que c'est simple, vous avez appris quelque chose sur lui.

Comment nous nous y prenons

Nos extensions sont assistées par IA, nous le disons, et nous avons pris la question par l'autre bout : chacune sort avec sa suite de tests, ses portes de qualité et son rapport du Plugin Check officiel de WordPress. La déclaration n'est pas une case à cocher chez nous — c'est un document, et il existe avant qu'on nous le demande.

C'est aussi pour cette raison que cet article dit ce que nous n'avons pas résolu. Une page qui affirmerait que tout est en ordre serait plus agréable à lire et vaudrait moins.

Déclarer l'IA dans une extension WordPress : ce que ça change vraiment | AIFORYA